
République démocratique du Congo : Réactions des principaux pays et organisations internationales aux violences de Goma.
Jeudi 30 janvier 2025
A Kinshasa, la Capitale de la République Démocratique du Congo, plusieurs ambassades dont celles du Rwanda, de la France, de la Belgique, du Kenya, ainsi que des Etats-Unis ont été attaquées, mardi, par des manifestants dénonçant le conflit dans l’est du pays, selon plusieurs sources diplomatiques à l’AFP. Selon un journaliste de Reuters, la police congolaise a fait usage de grenades lacrymogènes pour disperser des protestataires.
De son côté, le ministre des affaires étrangères français, Jean-Noël Barrot, a confirmé, sur X, que « l’ambassade de France à Kinshasa a[vait] été attaquée ce matin par des manifestants, qui ont provoqué un incendie, désormais maîtrisé ». « Ces attaques sont inadmissibles. Tout est mis en œuvre pour assurer la sécurité de nos agents et [nos] ressortissants », a-t-il ajouté. De son côté, Air France a annulé le vol à destination de Brazzaville et Kinshasa.
Dans un message mis en ligne mardi soir, l’ambassade des Etats-Unis a appelé les ressortissants américains à quitter la RDC. Dans un message sur X, la cheffe de la diplomatie de l’Union européenne, Kaja Kallas, a qualifié mardi d’« inacceptables » les attaques contre les ambassades, condamnées également par le Kenya, qui s’est dit « profondément préoccupé ».
Le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’Union africaine (UA), qui s’est réuni d’urgence mardi, a, pour sa part, « condamné les violences du M23 », tout en l’appelant à « déposer les armes ».
L’UA a également appelé au « plein respect de la souveraineté, de l’unité et l’intégrité territoriale de la RDC ».
En outre, la République démocratique du Congo (RDC) a accusé le Rwanda d'être directement impliqué dans l'offensive menée par le groupe rebelle M23 à Goma, lors d'une session du Conseil de sécurité de l'ONU.
En effet, Thérèse Kayikwai Wagner, ministre des affaires étrangères de la RDC, a souligné l'urgence de la situation, citant des millions de personnes déplacées et des milliers d'autres coincées dans une ville assiégée, manquant des ressources essentielles.
Parmi les mesures exigées par Kinshasa figurent des sanctions ciblées contre les responsables du M23 et les officiers rwandais impliqués, ainsi qu'un embargo sur l'exploitation et l'exportation des ressources minérales congolaises par le Rwanda.
Plusieurs pays africains ont exprimé leur soutien à la RDC, insistant sur la nécessité d'une réponse rapide et décisive du Conseil de sécurité pour résoudre cette crise.
Des puissances internationales, dont les États-Unis, le Royaume-Uni et la France, ont publiquement condamné les actions du Rwanda.
La région du Nord-Kivu, riche en minerais essentiels pour la technologie mondiale, demeure instable avec près de 100 groupes armés se disputant le contrôle territorial.
De son côté, la Communauté de l’Afrique de l’Est (EAC), réunie en sommet extraordinaire au sujet de la crise dans l’est de la RDC, a « fermement exhorté » le gouvernement congolais à parler avec « tous les acteurs, dont le M23 ».
Le Kenya a par ailleurs convoqué une rencontre, mercredi, entre le président de la RDC, Félix Tshisekedi, et son homologue rwandais, Paul Kagame. Mais le président congolais, Félix Tshisekedi, n’a pas participé à la réunion, « Le président de la République démocratique du Congo ne participera pas au sommet [en visioconférence] des chefs d’Etat de la Communauté de l’Afrique de l’Est », officiellement « pour des raisons d’agenda », a fait savoir l’Agence congolaise de presse (ACP) à la mi-journée.
Dans l’est de la RDC, riche en ressources naturelles, les conflits et les rébellions s’enchaînent depuis plus de trente ans. « Un demi-million de personnes de plus ont été déplacées rien que ce mois-ci », a annoncé le Haut-Commissaire des Nations unies pour les réfugiés (HCR), Filippo Grandi, mardi sur X.
La situation humanitaire à Goma est « extrêmement inquiétante », a encore alerté mardi l’ONU, qui concentre désormais ses missions sur la protection des civils. Les Nations unies se sont également dites « préoccupées » par la pénurie alimentaire dans la capitale de la province du Nord-Kivu et ses environs, après la suspension des activités d’assistance alimentaire.
République démocratique du Congo : Félix Tshisekedi rompt le silence, dénonce les attaques du M23 et qualifie le mouvement de « marionnette »
La première prise de parole publique du président de la République démocratique du Congo (RDC), Félix Tshisekedi, se faisait attendre depuis qu’une offensive du Mouvement du 23 mars (M23) dans l’est du pays a conduit notamment à la prise de Goma, grande ville de plus d’un million d’habitants, à l’issue d’une offensive éclair de quelques semaines au côté de troupes rwandaises.
Après avoir annulé une réunion de crise avec le président rwandais, Paul Kagame, le chef de l’Etat congolais s’est exprimé, mercredi 29 janvier, dans une allocution retransmise en direct à la télévision. « Une riposte vigoureuse et coordonnée contre ces terroristes et leurs parrains est en cours », a affirmé Félix Tshisekedi. « L’est de notre pays, en particulier les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri, fait face à une aggravation sans précédent de la situation sécuritaire », a-t-il ajouté. Selon lui, les violences risquent de conduire « tout droit à une escalade » dans la région des Grands-Lacs.
Le président congolais a également appelé à la « mobilisation » et dénoncé « l'inaction de la communauté internationale », estimant que « la négativité équivaut à une complicité ». Il a également dénoncé la présence de « milliers de soldats rwandais sur le sol congolais », qualifiant le mouvement M23 de « marionnette ». Il a dénoncé une « violation flagrante de la Charte des Nations Unies et un affront aux valeurs universelles ».
Les combattants du M23 et leurs alliés rwandais sont entrés dans Goma dimanche soir. La ville, coincée entre le lac Kivu et la frontière avec le Rwanda, était déjà encerclée depuis plusieurs jours. Mais après des jours de combats intenses, le calme est revenu mercredi. Dans les rues, beaucoup de corps gisent au sol, ont constaté des journalistes de l’Agence France-Presse et des habitants.
Les affrontements à Goma ont fait plus de 100 morts et près d’un millier de blessés, d’après les hôpitaux. Selon les Nations unies (ONU), plus d’un demi-million de personnes ont été déplacées depuis début janvier par les combats.
L’avancée fulgurante du M23 et des forces rwandaises a provoqué de nombreux appels à cesser les combats. L’ONU, les Etats-Unis, la Chine, l’Union européenne et l’Angola ont notamment demandé à Kigali de retirer ses troupes. Le président de la RDC a néanmoins critiqué, mercredi soir, la communauté internationale. « Votre silence et votre inaction [face à] la barbarie du régime de Kigali (…) constitue un affront » à la RDC, a-t-il lancé.
Au mépris de la pression internationale qui s’accroît, le M23 a ouvert, mercredi, un nouveau front en s’emparant, selon des sources locales, des villages de Kiniezire et Mukwidja dans la province du Sud-Kivu, voisine de celle du Nord-Kivu dont Goma est la capitale. Avec cette nouvelle avancée, que ni l’armée congolaise ni le gouvernement de Kinshasa n’ont confirmée, la capitale provinciale de Bukavu et l’aérodrome non loin pourraient se retrouver menacés.
L’ambassadeur itinérant du Rwanda pour la région des Grands-Lacs, Vincent Karega, a averti mercredi que le M23 « va continuer » d’avancer dans l’est de la RDC.
Kinshasa accuse Kigali de vouloir piller les nombreuses richesses naturelles de cette région, alors que le Rwanda, qui dément, dénonce la présence côté congolais de groupes hostiles.