Participation du Centre ACRESS au 2ème forum annuel des centres de réflexion à la Ligue des États Arabes et à l'exposition des publications qui l'accompagne

Participation du Centre ACRESS au 2ème forum annuel des centres de réflexion à la Ligue des États Arabes et à l'exposition des publications qui l'accompagne

Sur invitation officielle de Son Excellence le Ministre Plénipotentiaire, Dr. Alaa Al-Tamimi, Directeur du Département de Recherche et d'Études Stratégiques à la Ligue des États Arabes, le Centre Africain des Recherches et Études Stratégiques (ACRESS) a pris part à la deuxième édition du forum annuel des centres de réflexion dans les pays arabes ainsi qu'à l'exposition des publications associée. Cette édition, placée sous le thème : « Vers un mécanisme arabe pour faire face aux menaces posées par l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) par les groupes terroristes », s’est déroulée les 23 et 24 décembre 2024.

 

 Ce forum est organisé chaque année sous le patronage et la supervision de la Ligue des États Arabes, réunissant une élite de centres de réflexion et de recherche à travers le monde arabe.

 

Les travaux de ce forum s'inscrivent dans le cadre des activités du Réseau Arabe de la Pensée, lancé en décembre 2023 par le Département de Recherche et d'Études Stratégiques, en tant que plateforme de réflexion arabe affiliée à la Ligue des États Arabes.

 À l’issue de la séance d’ouverture, Son Excellence le Ministre Plénipotentiaire, Dr. Alaa Al-Tamimi, accompagné de Son Excellence M. Helmy El-Namnam, ancien Ministre égyptien de la Culture, a inauguré l’exposition des publications des centres de réflexion arabes participant au forum.

Le Centre ACRESS pour les Recherches y a pris part avec plusieurs de ses publications traitant des thématiques abordées lors des sessions du forum.

 Les travaux de la première journée ont inclus une session de discussion importante réunissant les présidents et directeurs des centres de réflexion et de recherche du monde arabe. Plusieurs axes ont été abordés lors de cette session :

- Le premier axe a souligné l'importance de la collaboration entre les entités gouvernementales, les entreprises technologiques et les centres de réflexion arabes pour développer des solutions innovantes et efficaces afin de contrer ces menaces.

- Le deuxième axe a porté sur la responsabilité éthique des entreprises dans la garantie de l’utilisation correcte des technologies d’intelligence artificielle (IA) qu’elles développent.

Le Dr. Alaa Al-Tamimi a appelé à la création d’un mécanisme arabe unifié pour lutter contre l’utilisation des technologies dans les actes terroristes, tout en insistant sur la nécessité d’une coopération scientifique et intellectuelle pour faire face à l’évolution des outils des groupes terroristes et extrémistes.

Il a également mentionné qu’un groupe de travail a été constitué au sein de la Ligue des États Arabes pour suivre le dossier de l’intelligence artificielle (IA). En effet, une stratégie arabe unifiée sur l’intelligence artificielle (IA) a déjà été élaborée et sera prochainement adoptée.

Cependant, cette stratégie n’a pas inclus les risques et défis associés à l’intelligence artificielle (IA). C’est pourquoi Dr. Al-Tamimi a exprimé l’espoir que ce forum établisse une stratégie pour faire face à ces risques, grâce à un groupe de travail réunissant des chercheurs issus des centres de réflexion participants.

De son côté, Son Excellence l'ancien ministre, M. Helmy El-Namnam, a souligné que la question est avant tout une problématique intellectuelle et culturelle, qui ne peut être résolue uniquement par des moyens sécuritaires.

Il a insisté sur la nécessité de distinguer entre la religion, ses valeurs intrinsèques, et le projet autoritaire de ceux qui cherchent à appliquer la religion dans la gouvernance.

La question centrale qu’il a posée est la suivante : « Avons-nous un projet intellectuel sérieux et authentique pour contrer le projet idéologique du terrorisme ? »

Dans son intervention, Dr. Ghada Fouad, directrice du Centre Africain des Recherches et Etudes Stratégiques (ACRESS), a souligné l'importance du rôle joué par le Département de Recherche et d'Études Stratégiques de la Ligue des États Arabes, ainsi que la pertinence de ce forum et de la thématique abordée lors de cette édition.

Elle a également mis en avant plusieurs points nécessitant une analyse et une recherche approfondies dans le cadre du programme de travail du forum pour l’année 2025, notamment :

1.    La construction de l’être humain et de sa conscience, qu’elle a identifiée comme un élément central dans la lutte contre les dangers liés à l’intelligence artificielle (IA). Selon elle, l’extrémisme débute par une idée erronée, implantée dans l’esprit des individus, qui se transforme ensuite en comportement.

2.    L’importance des études et recherches sur les discours de haine diffusés via les réseaux sociaux. Car on observe l’existence de commentaires systématiques, diffusés intentionnellement sur diverses plateformes, visant à ancrer des sentiments de haine et de violence. Ces discours se manifestent sous plusieurs formes :

·      Incitation à la violence communautaire au sein d’un même peuple.

·      Vidéos attaquant l’idée d’un État national et remettant en question les actions et projets des gouvernements.

·      Commentaires haineux délibérément conçus pour semer la discorde et la violence, notamment entre les peuples arabes.

Conséquemment, Dr. Ghada Fouad a appelé à des analyses sérieuses pour étudier ces commentaires, vidéos et leurs répercussions sur les sociétés arabes, ainsi que les réponses qu’ils suscitent, afin de mieux comprendre leur impact et d’élaborer des solutions adaptées.

 Elle a également souligné l'importance de travailler dans les prochaines périodes sur la mise en place de plateformes possédées et développées par des entreprises et des institutions arabes, afin que les chercheurs et penseurs arabes puissent les utiliser pour des échanges scientifiques et de recherche ou pour organiser des rencontres scientifiques. Il ne faut pas continuer à dépendre uniquement des plateformes contrôlées par des entreprises mondiales, qu'elles soient occidentales ou orientales, comme Zoom, Telegram, ou autres plateformes d'interaction et de réunions en direct avec audio et vidéo. Ces outils sont devenus essentiels à notre époque pour de nombreuses réunions organisées par des centres intellectuels et de recherche à travers le monde.

 Elle a également souligné le danger que représente actuellement l'intelligence artificielle (IA) pour les centres de recherche eux-mêmes, car de plus en plus de chercheurs ont recours à l'intelligence artificielle pour réaliser leurs travaux de recherche.

Or, un chercheur doit fournir une solution ou une recherche académique qui reflète une pensée nouvelle et présente sa vision personnelle sur une question ou une problématique donnée. Par conséquent, cela constitue aujourd'hui un nouveau défi pour les centres de recherche, nécessitant davantage de temps et d'efforts pour approfondir et investiguer.

Elle a également appelé à promulguer des lois interdisant les jeux de violence et de meurtre auxquels les enfants de nos sociétés arabes jouent, car ces jeux constituent une graine pour ancrer l'idée de violence et de conflit dans l'inconscient de l'enfant arabe, ce qui se transforme ensuite en comportement.

Elle a précisé que plusieurs études menées sur des jeunes ayant rejoint des groupes terroristes en Syrie et en Irak ont démontré que la pratique de jeux vidéo violents leur donnait le sentiment de reproduire dans la réalité ce qu'ils avaient l'habitude de faire dans ces jeux depuis leur enfance, transformant ainsi la violence virtuelle en une réalité tangible.

 Enfin, elle a souligné l'importance de suivre les événements à venir dans les pays arabes et africains d'Afrique du Nord, tout en établissant des liens avec les développements dans la région du Sahel africain. Cela est particulièrement pertinent à la lumière du récent transfert, par la Russie, d'un certain nombre d'équipements militaires de la Syrie vers la Libye, où se trouve le siège principal de L'Africa Corps. De plus, la société "Wagner", affiliée à la Russie, possède plusieurs entreprises, dont une spécialisée en cybersécurité. Cette dernière mène et coordonne des campagnes sur les réseaux sociaux et les plateformes électroniques, ainsi que des cyberattaques dans les zones de rivalité entre l'Occident et la Russie, notamment dans le Sahel africain.

 Dans son discours, le Dr. Conseiller Adel Majed, Vice-Président de la Cour de Cassation égyptienne, a souligné qu’il existe plusieurs étapes menant une personne à devenir terroriste : cela commence par une déviation intellectuelle, suivie par l’extrémisme idéologique, puis l’extrémisme violent, et enfin le terrorisme.  Face à cette menace, il a appelé à des mesures pour neutraliser les risques associés à l’intelligence artificielle (IA).

Il a insisté sur la nécessité d’adopter des lois et des mesures juridiques visant à limiter ces dangers, soulignant que l’intelligence artificielle (IA)est désormais capable d’identifier les groupes cibles pour diffuser des discours de haine, les régions visées, ainsi que les points faibles présents dans la société susceptibles d’être exploités.

Ainsi, il est impératif d’impliquer les autorités des pays arabes dans cet effort intellectuel et juridique. Il a également recommandé la création d’une unité centrale pour coordonner les efforts liés à l’intelligence artificielle (IA), à l’image de ce qu’a fait l’Union européenne (UE) en adoptant un cadre réglementaire spécifique pour gérer les questions liées à l’intelligence artificielle (IA).

 Son Excellence l’Ambassadeur Dr. Al-Sadiq Al-Faqih, Secrétaire Général du Forum de la Pensée Arabe au Royaume Hachémite de Jordanie, a souligné l’importance d’accroître le contenu arabe sur les plateformes d’intelligence artificielle (IA) afin de faire face aux influences introduites par les groupes extrémistes.

 Le Dr. Ibrahim Negm, Secrétaire Général des Conseils et Organismes de Fatwa dans le monde et Président du Centre pour la Paix et les Études sur l’Extrémisme, a souligné dans son discours que l’intelligence artificielle (IA)est désormais une réalité tangible.

Cependant, plusieurs problématiques se posent actuellement, parmi lesquelles la question cruciale de l’identification des références religieuses fiables.

Il a mis en avant l’importance d’une référence religieuse modérée intégrée dans les systèmes d’intelligence artificielle (IA).

À cet effet, Dar Al-Ifta (la maison de la Fatwa) d’Égypte a signé un accord avec OpenAI dès 2023 pour intégrer un ensemble de livres et d’informations issues de ses ressources afin de corriger les concepts religieux au sein de l’intelligence artificielle (IA).

Une autre problématique soulevée est la manière de présenter un modèle religieux modéré capable de parler au nom de la religion sur les réseaux sociaux et les plateformes numériques.

 Le Dr. Mohamed Mohsen Ramadan, du Centre Arabe de Recherche et d'Études, a souligné dans son discours la gravité du phénomène de la vente de données par les entreprises en échange de sommes d'argent. Il a expliqué que ces données, ainsi que les commentaires des clients et utilisateurs, sont analysés afin d'identifier leurs points de faiblesse et leurs mécontentements. Ces informations peuvent ensuite être exploitées pour manipuler les esprits, recruter des individus ou les inciter à agir contre l'État-nation, provoquant ainsi une instabilité sociale.

 À la fin des travaux du forum, il a été convenu de former une équipe de recherche réunissant les centres de pensée arabes pour mettre en œuvre les recommandations proposées au cours des sessions, à travers des ateliers, des rencontres, des séminaires et des recherches durant l'année 2025. L’objectif est de présenter une vision stratégique pour traiter les risques associés à l'intelligence artificielle (IA), limiter ses dangers et reformuler les stratégies de gestion du terrorisme et des groupes extrémistes, afin de les soumettre aux décideurs membres de la Ligue des États arabes, en tenant compte des évolutions mondiales et régionales.